Imaginez la scene dans un an. Un de vos techniciens, au lieu de prendre sa feuille de tournee et de filer, s’arrete sur le pas de la porte et vous pose une question qu’il ne vous avait jamais posee : qu’est-ce que vous enregistrez exactement de moi pendant que je travaille, et pourquoi. Il n’est pas en colere, il ne vous defie pas. Il est informe. Et a cet instant precis, vous vous rendez compte qu’une reponse toute prete, vous ne l’avez pas.
Aujourd’hui, cette question, presque personne ne la pose. On pointe, on bosse, et si quelque chose cloche l’explication qui circule est toujours la meme : c’est le systeme. Une phrase qui ferme toute discussion, parce que contre un systeme on ne discute pas. Le souci, pour celui qui gere ce systeme, c’est qu’elle est en train d’arreter de fonctionner. L’Europe a decide de mettre noir sur blanc un principe qu’on laissait hier au bon sens de chacun : celui qui travaille a le droit de savoir comment il est controle, mesure et evalue, surtout quand c’est un logiciel qui s’en charge a la place d’un humain.
L’impulsion porte un nom, la directive (UE) 2024/2831, publiee fin 2024, que chaque Etat doit transposer avant le 2 decembre 2026. La France n’a pas encore rendu sa copie, mais le compte a rebours tourne. Le texte est ne pour les livreurs et le travail via plateforme, seulement il sert de porte-voix a une idee qui concerne tout le monde des qu’on envoie quelqu’un travailler : la surveillance opaque, celle que personne ne vous explique, a ses heures comptees.
Vous voulez voir exactement ce qu’un outil concu pour ne pas surveiller enregistre d’une personne ? Ouvrez-le sur votre equipe.
Sans carte bancaire, pret en deux minutes.
Ouvrir l’essaiLe manche change de main
Ce qui change vraiment, ce n’est pas la loi elle-meme, c’est qui tient desormais le couteau par le manche. Pendant des annees le controle a ete un jeu a sens unique : celui qui gerait savait, celui qui travaillait subissait, et a celui qui demandait des comptes repondait le silence de l’algorithme. Maintenant tout se retourne. Le salarie qui se renseigne, et il va se renseigner, cesse d’etre celui qui doit justifier ou il etait a seize heures, et devient celui qui vous demande pourquoi vous, a seize heures, vous saviez ou il etait.
C’est la que la plupart des systemes en circulation se cassent la figure, parce qu’ils ramassent bien plus que necessaire : position en continu, trajets, arrets, temps morts. Des donnees que vous ne regarderez jamais, jusqu’au jour ou quelqu’un d’autre les regarde. Surveiller en douce ses salaries toute la journee, c’est comme lire le telephone de la personne qui dort a cote de vous : meme quand vous ne trouvez rien vous avez deja perdu, parce que vous vous etes mis a regarder. Et devant une personne informee, ou pire devant la CNIL, la phrase je voulais juste savoir s’ils bossaient sonne exactement comme je voulais juste jeter un coup d’oeil.

L’essentiel est deja la loi, ca n’attend pas 2026
Autant se debarrasser d’une illusion : pour finir dans le rouge il n’est meme pas besoin d’attendre la transposition, parce que le gros de la partie est deja ecrit. L’article L1222-4 du Code du travail est limpide : aucune information concernant un salarie ne peut etre collectee par un dispositif qui ne lui a pas ete porte a connaissance au prealable. Le RGPD, lui, vous oblige a ne recueillir que les donnees vraiment utiles, a les garder le temps juste et pas une minute de plus, et a dire clairement aux gens ce que vous faites de leurs informations.
Et attention au faux confort. Depuis 2018 la declaration prealable a la CNIL n’existe plus pour la geolocalisation, sauf que ce n’etait pas un cadeau : a la place est arrive le principe d’accountability, la responsabilite permanente. Avant vous remplissiez un formulaire et vous etiez tranquille ; maintenant c’est a vous de prouver, a tout moment, que ce que vous collectez est legitime. On a remplace la paperasse a l’entree par un examen sans date de fin. La simplification administrative qui complique la vie, il fallait oser, et l’Europe a ose.
Ce n’est pas de la theorie de colloque. La CNIL a deja sanctionne, par sa procedure simplifiee, l’enregistrement en continu de la position sans possibilite pour le salarie de couper le dispositif pendant ses pauses : pour elle, c’est une atteinte excessive a la liberte d’aller et venir et a la vie privee. Et ces dossiers ne tombent presque jamais du ciel d’une inspection : ils partent d’un signalement, d’un salarie ou d’un ancien. Jusqu’ici peu de gens bougeaient, parce que peu savaient qu’ils pouvaient le faire et ou aller frapper. C’est justement ce peu que la vague de regles en approche est en train d’effacer.






