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Blog / GeoTapp

GeoTapp · 5 août 2026 · 8 min

Surveillance des salariés en Europe, trente autorités en un registre

Il y a un moment précis où un dirigeant qui a des équipes sur le terrain renonce. Deux heures devant l’écran à chercher s’il peut faire pointer ses salariés en enregistrant aussi la position, et devant lui il y a le site de la CNIL, un jugement que quelqu’un lui a transmis sur WhatsApp, le blog d’un fournisseur qui jure que tout cela est parfaitement légal, et la sensation très nette de ne rien tenir de solide. Alors il ferme tout et revient à la feuille de présence papier, celle que personne ne lui a jamais contestée, pour la simple raison qu’elle ne prouve rien.

Le problème n’est pas que l’information manque. Elle se trouve dans trente endroits différents, en neuf langues, dans des documents que des juristes écrivent pour d’autres juristes.

La CNIL tient un fil d’actualités qui remonte à plusieurs années. L’autorité italienne publie une taxonomie de plus de deux cents décisions sur le seul travail privé. L’IMY suédoise expose un flux de deux cents entrées. Le Datatilsynet danois n’imprime même pas la liste de ses décisions dans la page, il la charge en JavaScript, et celui qui arrive de l’extérieur ne voit qu’une coquille vide. L’Allemagne, elle, n’a pas une autorité mais dix-sept, et les communiqués arrivent en PDF, un fichier par annonce, avec la date dans le nom. Aucun de ces sites ne parle aux autres, et aucun n’est écrit pour le patron d’une entreprise de nettoyage avec quarante personnes en tournée.

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C’est pour cela qu’a été développé quelque chose qui les lit tous.

Chaque matin le système visite les sources officielles des autorités de protection des données de treize pays européens, plus le Comité européen de la protection des données. Il lit les nouvelles décisions, ne garde que ce qui touche au travail, donc les données de localisation, la vidéosurveillance, le décompte du temps de travail, la messagerie professionnelle et le télétravail, et range le tout dans un seul tableau avec la date, le pays, l’autorité, le titre et le montant de l’amende là où il y en a un.

Il y a en revanche une chose que ce registre ne fait pas, et c’est celle qui compte vraiment. Il ne résume pas, il n’interprète pas, il ne traduit pas à sa façon. Le titre est celui qu’a écrit l’autorité, mot pour mot. Un montant n’apparaît que là où l’autorité l’écrit en toutes lettres dans le document, et sur soixante-huit décisions collectées, quarante-huit en portent un. Pour les autres, soit il n’y avait pas de sanction pécuniaire, soit la page était un bilan annuel qui additionnait de nombreuses procédures, et rattacher une de ces sommes à un document unique aurait été commode et faux. Chaque ligne renvoie au document d’origine, parce qu’une ligne qu’on ne peut pas vérifier en un clic ne sert à personne.

La frontière ne passe pas là où presque tout le monde la situe

En mars 2025, l’autorité italienne a prononcé deux amendes de cinquante mille euros à huit jours d’intervalle.

La première a frappé une entreprise de transport qui laissait le GPS tourner en continu sur ses véhicules, enregistrant position, vitesse et kilométrage d’une manière qui s’écartait de l’autorisation que l’inspection du travail lui avait déjà délivrée, et sans en informer les conducteurs. La seconde a frappé un organisme public calabrais dont l’application relevait la position uniquement à l’instant du pointage, pour vérifier qu’elle correspondait à l’adresse figurant dans l’accord de télétravail.

La première tient toujours. La seconde a été annulée par le tribunal de Cosenza le 1er juillet 2026, avec un raisonnement qui parlera à tout lecteur français, car lorsque la position est captée exclusivement au moment du pointage et ne permet aucun suivi des déplacements, on n’est pas devant un dispositif de surveillance à distance mais devant un enregistrement des accès et des présences.

Même montant, même mois, même autorité, résultats opposés. Ce n’est pas le GPS qui trace la frontière, c’est le moment.

En France la grille est connue. Un dispositif de géolocalisation ne se justifie que s’il est proportionné à la finalité poursuivie, la CNIL rappelle de longue date qu’il ne doit pas servir à contrôler en permanence un salarié, et le comité social et économique doit être consulté avant sa mise en place. Un relevé au moment du pointage et un suivi continu pendant tout le service ne sont pas la même chose, ni en droit ni dans le climat de l’entreprise.

Trois autorités qui ne se sont jamais parlé, et la même ligne

La deuxième chose que ce registre rend visible, c’est que la même question se tranche de façon étonnamment cohérente dans des pays qui ne se coordonnent pas, et que personne ne raconte jamais cela ensemble.

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En Suède, l’IMY a mis en cause la société de sécurité Securitas pour des caméras braquées sur les conducteurs à l’intérieur des véhicules de service. Aux Pays-Bas, l’Autoriteit Persoonsgegevens a jugé que les conducteurs des transports publics ne peuvent pas rester filmés en permanence. Au Danemark, le Datatilsynet, saisi par un syndicat au nom d’un adhérent, a examiné les caméras des boutiques exploitées par DSB Service & Retail et a conclu qu’elles restaient dans les clous, tout en fixant noir sur blanc les conditions d’accès aux enregistrements.

Trois autorités, trois langues, aucune table commune, et la même ligne. Ce n’est pas la caméra qui pose problème, c’est de garder une personne dans le cadre pendant tout son service, et c’est la question de savoir qui peut rouvrir les images, et quand.

Le registre, et les deux cases vides

Le registre se consulte ici, sans laisser d’adresse électronique et sans rien remplir.

Deux cases sont pourtant vides, et autant le dire avant que quelqu’un d’autre ne le remarque. L’autorité de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et l’autorité autrichienne de protection des données ne répondaient pas pendant les journées où le système a été mis en place. La cause est technique et se trouve de leur côté, pas du nôtre, et ce n’est pas non plus une erreur de configuration, puisque toutes les autres autorités de ces deux mêmes pays répondent parfaitement et figurent déjà dans le registre, les seize autres Länder allemands compris. Le serveur de Düsseldorf laisse la connexion expirer, celui de Vienne la refuse purement et simplement.

Le système frappe à ces deux portes tous les jours, tout seul. Le jour où elles s’ouvriront, ces deux autorités entreront dans le registre comme les autres et cet avertissement disparaîtra. D’ici là elles restent signalées comme manquantes, parce qu’un registre qui se prétend complet alors qu’il ne l’est pas vaut moins qu’un registre qui reconnaît le trou.

Pour les journalistes et pour celles et ceux qui font ce métier

Les données sont publiques et chaque ligne se vérifie séparément. Qui travaille sur la surveillance au travail, sur le contrôle en télétravail ou sur la vidéosurveillance en entreprise trouvera ici les décisions avec les montants et le lien direct vers la source primaire, sans devoir interroger quinze sites en neuf langues.

S’il manque une comparaison entre pays, ou un chiffre dont vous avez besoin, écrivez-nous et il sera cherché. Ce qui en sortira ira de toute façon dans le registre public, pas dans une exclusivité.

Pourquoi c’est gratuit

Parce que la question qui revient le plus souvent n’est pas combien coûte le logiciel. C’est si l’on peut faire cela sans avoir d’ennuis. Et cette réponse ne dépend pas de nous, elle dépend de ce qu’ont décidé les autorités.

Un fournisseur qui répond à cela par sa propre brochure demande qu’on le croie sur parole. Il vaut mieux indiquer où regarder.

GeoTapp est né de la même idée, à savoir que la position doit servir à prouver que le travail a été fait, pas à suivre les gens toute la journée. L’application retient où un service commence et où il se termine, et entre les deux elle ne regarde pas. Le registre européen montre simplement que cette ligne n’a pas été tracée par nous dans une réunion marketing. Trente autorités européennes l’ont tracée, une décision après l’autre.

Si cela vous est utile, faites-le circuler auprès de ceux qui ont le même problème. Il n’y a pas de formulaire à remplir pour y accéder, et il n’y en aura pas.

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