Le message arrive un soir, sur WhatsApp ou par SMS, presque toujours après 19 heures : “Demain, poste de 6h à 14h sur le site de la Défense, tu peux ?” Pour un agent de sécurité, une hôtesse d’accueil événementiel ou un renfort en cuisine sous contrat intermittent, cette phrase remplace le planning fixe que touchent la plupart des salariés. Pas d’horaire gravé dans le contrat pour chaque semaine, mais une alternance de périodes travaillées et de périodes creuses, décidée au fil de l’activité de l’entreprise ou du client.
Le lendemain, la personne se présente, badge, travaille son poste, repart. Rien d’étrange à ce stade. Le problème surgit trois ou quatre semaines plus tard, quand la fiche de paie tombe et que le compte n’y est pas tout à fait : le samedi du 14, était-ce sept heures ou huit ? Le remplacement de dernière minute un dimanche a-t-il été comptabilisé ? Sans trace datée du moment précis où le travail a commencé et fini, la discussion tourne vite à la parole du salarié contre celle du planning du responsable, reconstitué de mémoire ou à partir d’un fil de messages éparpillé entre trois applications.
Multiplie cette scène par une vingtaine d’agents répartis sur cinq ou six sites, avec des rotations différentes selon les jours et les remplacements décidés au dernier moment, et le tableau de bord du responsable devient vite illisible. Il ne s’agit plus d’un désaccord isolé mais d’un cumul de petites approximations, une demi-heure ici, un quart d’heure là, qui à l’échelle d’un mois entier pèse autant sur la masse salariale que sur la confiance de l’équipe envers son employeur.
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Ouvrir l’essaiCe que prévoit le Code du travail pour ce type de poste
Le Code du travail encadre justement ce type de contrat parce qu’il sort du schéma classique. Le contrat de travail intermittent (articles L3123-31 et suivants) ne peut être conclu que si un accord de branche ou d’entreprise le prévoit, pour pourvoir un poste permanent qui comporte par nature une alternance de périodes travaillées et non travaillées. Le contrat doit être écrit et préciser la qualification du salarié, les éléments de la rémunération et la durée annuelle minimale de travail, ainsi que la répartition des périodes. Le texte va même plus loin : dans certains secteurs, la loi admet que les périodes de travail elles-mêmes ne puissent pas être fixées à l’avance, ce qui correspond exactement à la situation de l’agent appelé la veille pour le lendemain.
La loi ajoute deux garde-fous qui obligent, eux aussi, à compter juste. D’un côté, le salarié en contrat intermittent conserve les mêmes droits que ses collègues à temps plein, avec des périodes non travaillées qui comptent pour l’ancienneté : encore faut-il pouvoir dater précisément ces périodes. De l’autre, quand un accord collectif autorise une rémunération mensuelle lissée, indépendante du nombre d’heures faites tel mois précis, cette mensualisation doit malgré tout se recouper à un moment donné avec les heures réellement travaillées, sous peine de payer trop ou pas assez sans même s’en apercevoir.
À côté du contrat intermittent au sens strict, une bonne partie du terrain fonctionne avec des extras en CDD d’usage, courants dans l’hôtellerie-restauration, l’événementiel ou le nettoyage ponctuel. Le montage juridique diffère, mais le nœud reste identique : sans horaire de référence à consulter, chaque vacation doit être établie une par une. La durée annuelle minimale, la rémunération lissée que certains accords collectifs autorisent, le seuil au-delà duquel des heures complémentaires demandent l’accord du salarié, tout ce cadre suppose de savoir, avec certitude, combien d’heures ont été réellement travaillées à chaque appel.










